1881–2007 · Ce que la loi permettait

Les voisins, et la loi entre eux

Les échanges que ce projet décrit se déroulaient à l’intérieur d’un cadre légal qui les restreignait. Voici ce cadre, avec ses sources.

Le permis, 1881–2014

Une modification de la Loi sur les Indiens sanctionnée le 21 mars 1881 institue le système de permis : une personne des Premières Nations au Manitoba, en Saskatchewan ou en Alberta doit obtenir le permis d’un agent des Indiens pour vendre « du bétail ou d’autres animaux, du grain ou du foin, sauvage ou cultivé, ou des plantes-racines ou leurs produits ». La Loi de 1951 l’étend à toutes les Premières Nations. La disposition n’est abrogée qu’en 2014. (Bob Joseph, Indigenous Corporate Training, d’après Sarah Carter, Lost Harvests.)

C’est la loi qui encadrait exactement le troc que les récits chaleureux décrivent : un voisin qui vend son grain à un autre voisin.

Le laissez-passer, 1885 et après

Après 1885, les Affaires indiennes instaurent un système de laissez-passer dans certaines régions de l’Ouest : là où il s’applique, quitter la réserve suppose un papier signé par l’agent. L’historien F. Laurie Barron est net sur deux points. Le système n’avait « aucun fondement légal » — il relevait d’une « tyrannie administrative locale ». Et il a échoué : « dès le départ, le système fut inefficace », les gens l’ignoraient ou le défiaient ouvertement, et au début des années 1890 les laissez-passer étaient « accordés presque sur demande ». (Prairie Forum 13:1, p. 25 et suivantes.)

La cession de St. Peter’s, 1907

En 1911, une commission de trois juges déclare invalide la cession de 1907 de la réserve de St. Peter’s : un jour de préavis, une assemblée tenue pendant que les gens pêchaient sur le lac Winnipeg, des conditions jamais traduites ni expliquées en cri ou en saulteaux, 5 000 $ dans une sacoche, et un vote de 107 contre 98 dont aucun registre n’a été tenu. Les conclusions « furent totalement ignorées » ; en 1916 une loi confirme les titres des acheteurs. Le Canada reconnaît la cession nulle et légalement invalide le 29 juin 1998, et le règlement est ratifié le 4 octobre 2010. (Sarah Carter, Manitoba History n° 18, 1989 ; Peguis Surrender Claim Trust.)

L’internement, 1914–1920

Le Canada interne 8 579 personnes désignées comme « sujets d’un pays ennemi », en majorité d’origine ukrainienne, et oblige environ 80 000 autres à porter des papiers d’identité et à se présenter régulièrement à la police. Les internés étaient payés 0,25 $ par jour, « bien moins que ce qui était offert aux ouvriers de l’époque ». (Musée canadien de la guerre.)

Une précision que ce projet tient à faire lui-même : cette histoire ne s’équivaut pas à l’expérience autochtone. Shtykalo et Legault, citant Tuck et Yang, l’écrivent ainsi : « les Ukrainiens du Canada, comme beaucoup de colons non anglophones, ont subi de la discrimination, mais cela ne les exempte pas de leur complicité dans la colonisation continue des terres autochtones ». (CJIS 1(1) 2025, p. 112.)

Le mariage et la collaboration que nous pouvons nommer

La photographe ukraino-canadienne Sandra Semchuk et l’artiste, écrivain et négociateur rock-cri (Rock Cree) James Nicholas ont été mariés et ont collaboré pendant quinze ans, de leur rencontre en 1993 à la mort accidentelle de Nicholas en 2007, sur des installations photographiques et des vidéos qui rendaient visibles « les structures politiques, sociales et psychologiques créées par les histoires du colonialisme, de l’occupation du territoire et du racisme ». Semchuk a reçu un Prix du Gouverneur général en arts visuels et médiatiques en 2018. (Galerie d’art MacKenzie ; Rungh ; Conseil des arts du Canada.)

C’est la réponse honnête à « montrez-nous les mariages mixtes » : ce que nous pouvons documenter est récent et porte des noms.

Ce que les lieux de mémoire ne disent pas

Myrna Kostash : « Autant que je sache, il n’existe aucune reconnaissance publique, sur les sites commémoratifs ukraino-canadiens, du fait que la terre gratuite offerte par le gouvernement canadien à des Galiciens sans terre avait été un territoire autochtone traditionnel. Ni aucun compte rendu du fait que les plaines canadiennes avaient été dégagées pour le chemin de fer et la colonisation par la famine systématique de la population autochtone jusqu’à ce qu’elle se soumette au confinement dans des réserves. » (« Baba’s Other Children », Alberta Views, 1er septembre 2017.)