L’abri de terre (Будзей / Бурдей)
Ivan Pylypiw et Wasyl Eleniak, du village galicien de Nebyliv, embarquent sur l’Oregon, parti de Liverpool le 28 août 1891 et arrivé à Montréal le 7 septembre. Pylypiw rentre chercher sa famille et les autorités autrichiennes l’emprisonnent pour incitation à l’émigration ; le premier groupe part sans lui, en juin 1892 : sept familles et un jeune homme célibataire, de Nebyliv et de Perehinsk. (Yuzyk, MHS Transactions 1951-1952 ; Bibliothèque et Archives Canada.)
Une concession valait un quart de section de 160 acres pour dix dollars de frais de dépôt, avec trois ans de résidence, une maison habitable et un calendrier de défrichement de dix, puis quinze, puis quinze acres. L’agent d’immigration C. W. Speere décrit le pays d’Edna comme « bien boisé », « surtout du peuplier, avec parfois un bosquet d’épinettes ». (Encyclopédie internet de l’Ukraine ; Archives provinciales de la Saskatchewan ; BAC.)
L’étude d’Andriy Nahachewsky sur soixante-douze abris creusés d’Alberta donne les mesures : profondeur la plus fréquente de 0,75 à 1,29 m, avec des cas plus faibles et plus profonds ; ossature de poteaux verticaux et de perches horizontales ; murs de terre excavée, de torchis, de rondins ou de planches, enduits d’argile mêlée d’herbe hachée ; toitures de perches plâtrées, d’herbe, de mottes, de terre, de végétation vivante et de bois. Un abri photographié était « couvert de guère plus que des branches et des feuilles de peuplier ». Chez les Svarich, douze personnes occupaient environ douze mètres carrés. (Nahachewsky, 1985.)
Dans un coin se tenait le foyer : le plus souvent un shparhat, corps d’argile et d’herbe hachée coiffé d’une plaque de métal, et parfois un four d’argile (pich) dont la masse gardait la chaleur plusieurs heures après la cuisson. La cheminée était soit un tuyau de métal traversant le toit dans un passage isolé d’argile, soit une colonne de saules tressés plâtrée à l’intérieur pour que l’ossature ne brûle pas. (Nahachewsky, 1985, §9-10.)
Ce que les voisins savaient, et ce que personne n’a écrit
L’autrice ukraino-canadienne Myrna Kostash relève l’absence, dans les histoires écrites, de l’hospitalité que des communautés autochtones ont offerte aux colons ukrainiens : elles ont « donné abri dans une tempête, aidé à mettre au monde des enfants, préparé des décoctions médicinales, échangé des peaux contre des couvertures ». Le chercheur anishinaabe Niigaan Sinclair écrit que « les Ukrainiens s’en sont remis au savoir des communautés autochtones pour survivre », et ajoute aussitôt, à la même page, que « certains Ukrainiens ont aussi participé à des actes racistes, réclamant le vol de nos terres en 1907 ». (Tous deux cités dans Shtykalo et Legault, CJIS 1(1) 2025, p. 106.)
Leah Hrycun, chercheuse ukrainienne issue de la colonisation à l’Université de l’Alberta, met en garde contre le genre lui-même : « Il y a beaucoup d’histoires très romantiques sur la façon dont [les Ukrainiens] auraient été sauvés par des Autochtones… Ce sont de belles histoires, mais c’est une vision très romancée, très éphémère. » (The Breach, 9 mars 2022.)
Ce qui a été écrit
L’histoire communautaire fondatrice des premiers Ukrainiens du Manitoba, publiée par Paul Yuzyk en 1951, ne mentionne aucun peuple autochtone. Nous avons fait une recherche dans le texte : toutes les occurrences de la page se trouvent dans la déclaration de réconciliation actuelle de la Manitoba Historical Society, en pied de page, qui ne fait pas partie de ce qu’a écrit Yuzyk. Cette page-là est restée blanche, et le dire vaut mieux que la remplir. (Yuzyk, MHS Transactions, série 3, 1951-1952.)