Ce que dit la seule étude évaluée par les pairs
Avery Shtykalo et Gabrielle Legault ouvrent leur article de 2025 sur un constat : « il y a un manque manifeste de recherche formelle dans ce domaine ». Elles refusent explicitement de fixer une origine unique : « Plutôt que de chercher une seule histoire d’origine du foulard kokum dans les communautés autochtones, nous reconnaissons des histoires multiples… L’idée d’une histoire unique et faisant autorité est elle-même une construction coloniale. » (Canadian Journal of Indigenous Studies 1(1), 2025, p. 105 et 108.)
L’objet lui-même : « une étoffe mince ornée de motifs floraux sur des fonds de couleurs vives », aujourd’hui « largement adoptée par les peuples autochtones, intégrée aux tenues d’apparat, portée en châle, nouée au poignet en bracelet, et vendue dans les marchés autochtones ». Les noms ukrainiens sont multiples : hustyna, hutska, khutska, foulard babouchka, foulard baba. (Même article, p. 104.)
Ce que personne n’a publié
Aucune source consultée pour ce projet — universitaire, muséale, presse autochtone ou média national — ne nomme la filature, l’importateur, le grossiste, le catalogue ou le magasin par lesquels ces foulards sont réellement arrivés dans les Prairies. C’est un constat de notre relevé ; il ne prouve rien sur ce qu’un registre peut encore contenir, et c’est la question ouverte la plus intéressante de tout le sujet.
Les fleurs ont rencontré des fleurs
Le dessin floral naturaliste est établi dans la culture matérielle métisse de la Rivière-Rouge dès les années 1830, aux côtés du travail géométrique, et les Cris avaient adopté les motifs floraux métis dès la fin des années 1820 — soit une soixantaine d’années avant le début de la colonisation ukrainienne. Les Dakotas et les Cris appelaient les Métis « le peuple du perlage floral ». (Patrick Young, Institut Gabriel-Dumont, Métis Beadwork, Quillwork and Embroidery.)
Patty Krawec, interrogée pour l’article de 2025, l’explique ainsi : « La réponse courte, c’est qu’ils sont beaux et accessibles », et le motif est « quelque chose qui ressemble à notre propre géographie. Les fleurs sont familières ; elles ressemblent à nos fleurs. Les couleurs sont familières ; elles ressemblent à nos forêts. »
Le seul échange que nous pouvons nommer
La photographe Sandra Semchuk, colone ukraino-canadienne de Meadow Lake en Saskatchewan, se souvient de femmes cries et ukrainiennes de sa communauté qui échangeaient des foulards contre des mocassins, ou offraient un foulard en remerciement d’un savoir partagé. Elle l’a raconté à des chercheuses au cours de l’été 2023 ; la source ne dit pas quand ces échanges ont eu lieu.
Le foulard appartient déjà à celles qui le portent
Patty Krawec : « Bien avant de les porter en solidarité avec l’Ukraine, nous les portions en solidarité avec nos grands-mères et entre nous, autant partie de notre culture que le perlage et les mocassins. » En 2018, Tala Tootoosis, fondatrice de la #KokumScarfCampaign, invitait les femmes à publier des photos d’elles en jupe à rubans et en foulard kokum, quatre ans avant la vague de solidarité de 2022. (Rampant, 14 mars 2022 ; CBC Saskatoon, 1er décembre 2018.)
Le nom lui-même est une traduction
En cri des plaines, kôhkom signifie « ta grand-mère » et nôhkom « ma grand-mère » : le possesseur est à l’intérieur du mot. Le nom anglais porte en lui le mot pour « ta grand-mère ». (itwêwina, dictionnaire du cri des plaines, Université de l’Alberta.)